Le ministère de l’agro-industrie, de la sécurité alimentaire, de l’économie bleue et de la pêche a annoncé le 12 juin dernier, la fin de la reproduction des coraux par “bouturage”. Cela sans concertation avec les parties concernées.
Article publié dans le JDA 23 en juillet 2025.
PHOTO (DR) : Les autorités déplorent que des fermes de coraux auraient été “laissées à l’abandon”.
Le communiqué annonce que, pour “renforcer la protection des récifs coralliens”, le ministère a décidé de ne plus autoriser la reproduction des coraux par “bouturage” (une technique de multiplication asexuée qui consiste à prélever un fragment de corail vivant pour le replanter), au profit de la reproduction sexuée. Pour motiver cette décision, le ministère indique qu’un audit scientifique a été réalisé pour réévaluer l’efficacité des fermes de corail bénéficiant d’autorisations de propagation dans le lagon. Cet audit met en lumière plusieurs éléments préoccupants : “Le taux de survie des coraux dans ces fermes varie en général entre 0 et 10 %, avec dans certains rares cas un taux pouvant atteindre les 30 %, alors que ces coraux auraient probablement survécu dans leur milieu naturel s’ils n’avaient pas été prélevés pour créer des fermes de corail”, affirme le communiqué. De plus, certaines fermes auraient été “laissées à l’abandon, créant un danger pour les utilisateurs”. Enfin, le ministère évoque “un usage abusif des permis accordés”, notamment par la mise en place de structures illégales en mer ou l’exercice d’activités commerciales non autorisées.
En résumé, aucun nouveau permis ne sera délivré pour la reproduction corallienne par bouturage. Les autorisations ne concerneront désormais que les méthodes de reproduction dite sexuée. Quelques jours avant cette annonce, le 9 juin, Le Journal des Archipels publiait, en ligne, une interview du président de l’ONG Eco-Sud, Sébastien Sauvage. Il rappelait que “les participants ont obtenu de la part des autorités présentes l’assurance que le ministère procéderait à des consultations avant de finaliser le policy paper”, ce qui, selon lui, n’a pas été respecté. “Une telle approche sape les principes d’une élaboration de politiques inclusives et fondées sur des données probantes”, déclarait-il. Et d’alerter : “Une politique nationale, ayant des implications majeures pour l’avenir de la restauration des récifs coralliens, a été élaborée sans engagement formel des principales parties prenantes.”

PHOTO (Alexandre Karghoo) : Le bouturage (ou la fragmentation) est une technique de multiplication asexuée (autrement dit, du clonage) qui consiste à prélever un fragment de corail vivant pour le replanter.
Le ministre botte en touche !
En attendant, on peut se demander ce qu’il adviendra du projet que mène Eco-Sud depuis 2020 : un programme de restauration des coraux à travers la technique du bouturage financé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et le Fonds d’adaptation. Plusieurs milliers de fragments coralliens ont été cultivés et replantés dans le lagon, notamment autour de Pointe d’Esny et Blue Bay (sud-est de l’île). Ce programme concerne également d’autres ONG à Maurice, aux Seychelles et à Rodrigues. Si le bouturage est interdit à Maurice, qu’adviendra-t-il de ce projet avec un financement évalué à 10 millions de dollars ? Le Journal des Archipels a interrogé le ministre adjoint de l’Économie bleue à ce sujet. Il a répondu sans vraiment répondre, avançant qu’il faudrait consulter toutes les parties prenantes : société civile, ONG et experts. Autrement dit, il avance faire ce qu’il lui est reproché de ne pas faire.




















