Que fait-on maintenant ? Après la tenue du Responsible Business Summit (les 24 & 25 mars à Maurice NDLR), on peut légitimement se poser cette question. Les initiatives prometteuses demeurées paroles sont trop souvent nombreuses. Passer de la théorie à la pratique est un défi dans toutes les sphères de la vie, particulièrement pour le sujet de l’écologie où les bonnes intentions sont toujours bienvenues mais à chaque fois insuffisantes.

Pourquoi la praticienne de philosophie en entreprise que je suis a accepté de participer à ce sommet, de surcroît sur un sujet très éloigné de mes préoccupations habituelles, invitée dans un panel intitulé Empowering reporting beyond compliance ? (Comment renforcer le reporting au-delà de la conformité NDLR). D’abord parce que la philosophie ne connaît pas de limites dans son champ d’application, et que les sujets les plus surprenants peuvent amener des réflexions riches.
Ensuite, parce que lorsque les six plus grands groupes du pays font converger leurs forces pour aborder le sujet de la durabilité, on peut raisonnablement se dire, sans angélisme et avec un optimisme mesuré mais cependant réel, qu’il y a là l’opportunité d’un changement véritable.
Pendant les deux jours du sommet, j’ai été nourrie par des réflexions variées :
Les principes partagés par Bertrand Badré, principes relevant d’un bon sens qui se fait rare : cultiver la modestie, encourager la coopération public/privé, se remémorer que la finance est au service de l’économie et que l’économie est au service de l’homme, faire mieux c’est mieux que faire plus, reconnaître que tout le monde veut changer le monde mais que personne ne veut se changer soi-même.
Fabrice Bonnifet a invité les entreprises à envisager des renoncements, à se poser des questions existentielles sur leur utilité sociale, à privilégier des activités qui ont du sens. Il a rappelé que l’argent ne peut pas être la seule façon de mesurer la valeur d’une entreprise, et que chaque entreprise doit reconnaître sa dette environnementale.

Il y a urgence à changer nos outils d’analyse traditionnels.

Durant la session Boardroom of tomorrow Elisabeth Moreno a décrit la diversité, notamment celle de genre, comme un gain de productivité quantifiable pour les entreprises. Comment se réinventer quand les boards demeurent dans un entre-soi qui fige et qui uniformise ? La diversité apporte l’innovation (contrairement à ce que peut affirmer un certain président américain !). Le boardroom de demain est défini par le courage de repenser le système économique et de prendre des décisions qui ne sont pas toujours en accord avec le client.
Le panel «Building an inclusive and just environment» (Construire un environnement inclusif et juste NDLR) a questionné la façon de mesurer le progrès, l’inclusion et la durabilité. Il y a urgence à changer nos outils d’analyse traditionnels, à apporter de façon concrète le concept de justice sociale dans les activités économiques, à trouver des moyens de lutter contre les résistances.
Au fil des interventions, un mot revenait avec persistance dans mon esprit : si tout cela est possible, c’est grâce à l’imagination. Je me suis rappelée l’observation du philosophe Frederic Jameson selon lequel il est plus aisé pour la plupart des gens d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme.
Comme dans une sorte d’heureuse convergence, François Gemenne a partagé, en guise de clôture de ce sommet, des leviers pour agir : repenser le rapport à l’urgence, communiquer à propos des initiatives réussies, imaginer un projet : «On sait le chemin que l’on ne veut pas emprunter mais on a beaucoup de mal à imaginer le monde dans lequel on voudrait vivre.»

Que fait-on maintenant ? On trouve le courage d’imaginer un autre monde.

*In The Chaos World, cabinet qui développe la pensée critique et la philosophie dans le monde du travail.