Comment inverser la tendance et mieux profiter de ces fonds ? C’est le combat de l’ancienne ministre de l’environnement de Madagascar : Dr Baomiavotse Vahinala Raharinirina qui était activement impliquée en tant que négociatrice aux COP Climat de Glasgow et Sharm-El-Cheikh, pour que le continent africain bénéficie du fond vert pour le climat dont l’Afrique, notre région comprise, n’en profite qu’à hauteur de seulement 3%. Elle explique ici pourquoi et comment.…
Cette spécialiste du sujet est à l’origine de certains engagements clés comme les négociations et la mise en œuvre du mécanisme REDD+ qui, rappelons-le, a pour vocation la Réduction des Emissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts…
Elle s’est distinguée en permettant d’adapter ce mécanisme «à la sauce malagasy», c’est à dire en l’ouvrant beaucoup plus au bénéfice des populations locales et directement impactées… mais aussi du secteur privé et du monde académique.
Une initiative avant-gardiste qui pourrait peut-être servir de modèle aux autres pays de notre région ?
A propos du mécanisme REDD+
«Le REDD+ est un mécanisme financier, conçu à l’international comme étant une des solutions climatiques, associant effort et récompense financière. Madagascar, solidaire avec les pays industrialisés, donc les plus gros pollueurs, et conscient de son rôle à jouer au niveau mondial, a signé son premier contrat REDD+ en février 2021, après 11 ans de négociations. Nous l’avons amélioré, adapté au contexte malgache, intégrant à la fois les dimensions économique, sociale et environnementale.
Ce premier contrat de réduction d’émissions conclu entre le gouvernement malgache et le Fonds de Partenariat pour le Carbone Forestier (FCPF) de la Banque mondiale, prévoit sur une période de 5 ans (de 2020 à 2025), de séquestrer 10 millions de tonnes de carbone équivalent (teq) pour un montant de 55 millions US$. Le premier paiement avait d’ailleurs été versé au gouvernement, pour un montant de 8,8 millions US$, pour la performance réalisée en 2020. Preuve que Madagascar peut tout à fait être acteur impliqué.
Beaucoup de pays alignés au starting-block avec Madagascar se sont désistés et n’ont pas abouti leur contrat REDD+. C’est une preuve que nous avons été tenaces et avons maintenant des expériences à valoriser et capitaliser.
Il y a à mon avis, une possibilité d’étendre ce mécanisme REDD+ à la zone océan Indien pour accroître nos capacités communes de séquestration, avec nos mangroves et nos forêts.»
A propos du Fonds Vert Climat (FVC).
«Je tiens à rappeler que le FVC a été conçu dans la cadre d’une diplomatie verte et de géopolitique du Climat (Accords de Paris), opposant les pays plus gros pollueurs, aux pays du Sud, majoritairement victimes des effets du changement climatique.
En 2024, le FVC finançait 269 projets dans 129 pays pour des engagements totaux de 14,8 Billions $, bien loin des promesses de 100 billions $ par an. Ce dernier a été revu à la hausse (300 Billions $ par an) l’année dernière.
D’après l’éminent économiste et ancien Premier ministre du Bénin, ZINSOU, l’Afrique n’avait capté que 3% des allocations du FVC. Pour moi, c’est lié à un problème avant tout de capacité du Sud Global, et pas forcément d’une exclusion. L’Afrique n’est pas en capacité de lancer de grands projets climatiques «bankables».
Même si pour Madagascar, nous avons adopté une approche offensive depuis 2020-2021 en publiant notre Plan National d’Adaptation (PNA), PNLCCCC, en révisant notre CDN… nous sommes encore loin du financement massif envisagé 5 ans auparavant.
Je rappelle par ailleurs que l’océan Indien a un rôle à jouer également dans le montage de projets communs éligibles au FVC. La Commission de l’Océan Indien (COI) vient d’être accréditée au FVC donc reconnue comme étant une entité régionale, ce qui représente un atout majeur pour les Etats membres.»
A propos de coopération universitaire de la Région OI
«La coopération scientifique est extrêmement importante dans cette géopolitique de l’Indo-Pacifique et doit être renforcée pour les années à venir, avec des projets qui répondent aux défis communs des Îles de l’océan Indien.
Madagascar bénéficie déjà de quelques accords-cadres avec quelques universités de la Région océan Indien. L’Université de Fianarantsoa à laquelle je suis rattachée est par exemple en lien avec l’Université de Mayotte, et a intégré à la fois les échanges et les mobilités des enseignants mais aussi des étudiants, l’organisation conjointe d’évènements tels que les masterclass, colloques, séminaires, etc. La digitalisation contribue d’ailleurs à faciliter les choses. L’idée de développer des formations en co-branding est aussi sur la table, en mettant en route des formations totalement tournées vers les besoins de nos îles.»
*Dr Baomiavotse Vahinala RAHARINIRINA
Maître de Conférences – Université de Fianarantsoa / Madagascar
Senior fellow à la FERDI – Université de Clermont-Ferrand / France
Ancienne ministre de l’environnement et du développement durable
Experte internationale en Changement climatique, Biodiversité et Développement Durable




















