Par Jacques Rombi, directeur de publication
Cette question, déjà citée dans nos colonnes, n’a jamais été aussi d’actualité qu’en ce début d’année 2026.
Il y a, comme en autant de réponses spontanées aux menaces trumpiennes, aux flottes fantômes et aux bruits de bottes qui résonnent un peu partout, un intérêt soudain pour notre région. Et pour causes ?
Au nord-ouest de notre bel océan Indien, l’étroit Canal de Suez a de moins en moins la côte auprès des armateurs apeurés par son blocage spontané en 2021.
Les routes maritimes qui mènent à ce même Canal sont aujourd’hui en proie à des menaces terroristes bien réelles émanant de pays riverains où l’islamisme radical sert de prétexte à de vraies actes de piraterie.
Au nord-est de cet océan, les deux géants chinois et indiens surpeuplés, aux querelles historiques, menacent d’exporter leurs guerres himalayennes en autant de batailles navales.
Lire sur le sujet, dans ce numéro, les commentaires de Marianne Péron-Doise, directrice de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), qui souligne notamment que : «les routes (si on prend en compte celle du Cap et celle du Canal du Mozambique) traversant le Grand Sud de l’océan Indien en mettant en avant des ports comme Port Louis à Maurice et celui de La Réunion, sont en plein développement stratégique…»
D’ailleurs, l’équipe du Grand Port Maritime de La Réunion (GPMDLR) anticipe déjà sur ces nouveaux trafics et joue intelligemment la carte de la coopération. Elle a reçu en décembre dernier une délégation de cadres mozambicains dans le cadre de son programme de coopération régionale entre ports de la zone sud-ouest de l’océan Indien, d’Afrique de l’Est et australe. A lire ci-après.
L’épave du MH 370 au large de Diego Garcia ?
En parlant de batailles navales, le dossier du «Chagos Deal»*, comme l’appelle les Mauriciens, nous interpelle sur la nouvelle donne géopolitique mondiale avec cet archipel situé en plein centre de l’océan Indien et qui fait l’objet de toutes les convoitises.
Sur le sujet, gageons qu’un jour l’épave du Boeing 777 de la Malaisian airlines MH 370, disparu en mars 2014 faisant 239 disparus, devrait en toute logique être retrouvée non loin de cet archipel. Un jour peut-être, car ce ne sont pas les recherches relancées en début d’année par la compagnie (américaine) Ocean Infinity qui pourront la découvrir : trop au sud, au large de Perth en Australie, comme si on voulait noyer le poisson et détourner les regards de certaines réalités. La seule question à se poser serait de savoir si le pilote, a agi seul, poussée par la voix d’Allah à qui il avait fait allégeance bornée (et suicidaire ?) ou poussé par quelque ténébreux groupuscule ou Etat ne supportant plus qu’une base américaine puisse déployer ses armes vers des pays frères qui bordent le grand océan Indien.
Comme je l’écrivais déjà au lendemain du 8 mars 2014, l’avion kamikaze en approche aurait été abattu en toute logique sous ordre de… Diego Garcia !
Une approche trop occidentalisée de protection de la Nature ?
Les droits de pêche sont eux aussi bafoués par certains Etats d’Asie et d’Afrique qui n’ont cure du fait que les ressources halieutiques n’ont pas de frontières, et continuent à piller (impunément) les eaux situées dans leurs ZEE (Zones économiques exclusives). Lueur d’espoir pour nos poissons et les écosystèmes qui en sont liés : notre expert juridique, Olivier Guérin, soulignait dans un article que nous avions publié mi 2024, que «la coopération internationale pouvait néanmoins produire des résultats concrets… » (lire le JDA 18).
Une analyse prophétique puisqu’à peine un an plus tard, la CTOI (Commission des Thons de l’océan Indien), par exemple, a permis l’adoption de nouvelles mesures de limitation de captures et de nouveaux outils de lutte contre la pêche illicite. D’autres mesures vont dans le sens de meilleures régulations avant qu’il ne soit trop tard. Lire la tribune d’Olivier Guérin dans notre dossier central.
Autre lueur d’espoir pour ces ressources halieutiques, les colonnes d’eau et les fonds sous-marins et leurs richesses minérales avec le traité des Nations Unies sur la haute mer (BBNJ).
Ce traité est en effet entré en vigueur ce 17 janvier 2026 et constitue un pilier de l’objectif mondial de protection de 30 % des océans d’ici 2030. Ce n’est pas pour rien que l’ONG Greenpeace (via sa fondation Greenpeace Africa) s’est implantée à Maurice au même moment. Le désormais grand Etat insulaire (avec ses 2,3 millions de kilomètres carrés de ZEE) «offre une plateforme idéale pour tester des stratégies de mise en œuvre du Traité» aux dires du Dr Aliou Ba, responsable de la campagne Océans pour Greenpeace Afrique (à lire ci-après). Pourtant le sujet est complexe. Entre explosions démographiques sur tout le pourtour de l’océan Indien (les continents qui le bordent sont les plus peuplés du monde), tensions géopolitiques et autres pressions anthropiques, les droits de la mer et des populations en dépendant ne sont-ils pas des réponses issues d’une vision encore trop occidentalisée (et du coup anachronique) qui ne tient pas compte de la nouvelle donne géopolitique d’un Sud global qui a toujours plus faim ? Comme l’explique le doctorant-chercheur Alexandre Barbès-Pougnet «les droits de la Nature ne constituent guère plus qu’une fiction juridique traduisant une approche occidentalisée de protection de la Nature.»
A lire (et à méditer) à la fin de cette édition.
* En 1968, lors de l’indépendance de l’Ile Maurice, Royaume-Uni avait conservé le contrôle des îles Chagos afin d’y établir la base militaire américaine de Diego Garcia. En mai 2025, un traité international (contesté par les Etats Unis et l’opposition britannique) reconnait officiellement la souveraineté de la République de Maurice sur l’ensemble de l’archipel.
(Editorial du JDA 26, écrit en janvier 2026)




















