Le gouvernement précédent avait annoncé de grandes ambitions en matière de transition énergétique : une production de 60 % des besoins énergétiques du pays à partir de sources vertes et l’arrêt de l’utilisation du charbon d’ici 2030. Les chiffres montrent qu’on est loin du compte. La feuille de route de l’État n’a pas été suivie et a besoin d’être renouvelée pour donner une direction claire aux investisseurs et aux opérateurs qui n’attendent que cela pour s’engager pleinement dans la transition.
PHOTO (DR) : “Il semble que l’État mauricien prend conscience que c’est une solution valable pour le pays”, déclare Jean-Marc Iweins, directeur de la centrale thermique Terragen, au sujet de l’utilisation de la biomasse pour remplacer le charbon.
Le gouvernement d’alors avait annoncé, en 2019, l’objectif d’atteindre le taux de 35% d’électricité provenant de sources renouvelables en 2025. En 2023, selon Statistics Mauritius, ce taux était seulement de 17,6 %. Les principales sources d’énergie renouvelable à Maurice sont l’énergie hydroélectrique, l’énergie éolienne, le gaz provenant du centre d’enfouissement, le photovoltaïque, la bagasse et le bois. Mais c’est bien la bagasse qui reste la principale source d’approvisionnement, représentant 82,1 % de ces sources renouvelables. L’énergie hydroélectrique, l’énergie éolienne, le gaz d’enfouissement, le photovoltaïque et le bois de feu représentent les 17,9 % restants.
Le Journal des Archipels avait publié un dossier sur les énergies renouvelables en novembre 2021 et trois ans plus tard, il est pertinent de faire le point avec Jean-Marc Iweins, directeur de la centrale Terragen. Pour rappel, la centrale est une coentreprise du groupe Terra et de l’entreprise française Albioma, spécialiste de la production électrique à partir de la biomasse. Terragen produit actuellement environ 75 % de son électricité à partir du charbon et 25 % à partir de la biomasse locale – bagasse, paille de canne et copeaux de bois. Elle produit environ 425 GWh par an.
Suite à l’annonce de la sortie du charbon, Terragen a développé une stratégie qui s’inscrit dans l’objectif national, soit la conversion de la centrale au 100 % renouvelable, explique Jean-Marc Iweins. Pour ce faire, l’entreprise mise sur une utilisation maximale de la biomasse locale : il s’agit de la bagasse (sous-produit de la canne à sucre disponible en période de coupe), la paille de canne qui reste sur les champs après la coupe ainsi que le bois local, provenant de la récupération ou, éventuellement, certaines plantations d’eucalyptus.
La clé pour la mise en place de cette filière biomasse locale est le National Biomass Framework (NBF) élaboré par l’État. Ce cadre vient fixer la tarification de la biomasse locale : “une grande avancée”, explique Jean-Marc Iweins. Le National Biomass Framework (Cadre national de la biomasse) rémunère les producteurs de biomasse locale à un prix décidé par l’État. Autrement dit, les producteurs de biomasse locale (bagasse, paille ou bois) sont rémunérés par l’État. Ce cadre a notamment permis à Terragen de rendre viable l’utilisation de la paille de canne qui ne l’était pas jusque-là. En effet, c’est Terragen qui récupérait la paille de canne dans les champs, à ses frais, une partie seulement était répercutée dans la vente d’électricité. Désormais, le NBF permet de rémunérer les producteurs de canne qui acheminent leur paille à la centrale de Terragen. Reste dorénavant à définir qui, du producteur ou de la centrale, se chargera concrètement de récupérer la paille de canne, explique Jean-Marc Iweins.
L’électricité produite à partir du charbon continue à augmenter
Selon Statistics Mauritius, de 2022 à 2023, la production totale d’électricité a augmenté de 4,7 %, passant de 3 119,2 GWh à 3 265,5 GWh. Cependant, “l’électricité produite à partir du charbon a augmenté de 11,3 %, passant de 983,9 GWh à 1 095,4 GWh et celle produite à partir du fioul et du diesel a également augmenté de 2,7 %”. L’électricité produite à partir de sources renouvelables a diminué de 4,0 % en 2023. Statistics Mauritius explique que la production d’électricité à partir des gaz de décharge (du centre d’enfouissement de Mare Chicose) a chuté de 22,6 %. L’hydroélectricité a baissé de 26,4 % et l’énergie éolienne de 44,2 % ; seule la bagasse et les déchets de canne à sucre ont connu une augmentation de 9,3 %. Si la production électrique globale a augmenté, la production d’électricité à partir d’énergie renouvelable a bien diminué.





















