En pleine expansion mondiale, la production d’algues représente une opportunité majeure pour les économies insulaires de l’océan Indien. Ces territoires, notamment l’île Maurice, La Réunion, Madagascar et les Seychelles, possèdent un potentiel sous-exploité en matière de culture et de valorisation des algues. Exploiter cette ressource pourrait contribuer à diversifier les activités économiques locales, réduire la dépendance alimentaire et soutenir la transition écologique.

Suite de notre article en lire en intégralité sur le JDA 21

Les algues constituent une matière première stratégique pour diversifier l’industrie agroalimentaire locale. À Maurice, l’introduction d’ingrédients à base d’algues dans la production de snacks, de pâtes ou de sauces répondrait aux nouvelles attentes des consommateurs pour des produits nutritifs et faibles en empreinte carbone. À plus long terme, des alternatives végétales aux produits de la mer (thon ou crevettes à base d’algues) pourraient se développer pour alimenter à la fois les marchés locaux et internationaux.
Dans la cosmétique, les eaux riches en biodiversité de l’océan Indien pourraient inspirer la création d’une gamme régionale à base d’algues aux propriétés hydratantes et anti-oxydantes, à l’instar des marques bretonnes Thalgo ou La Mer. Une plateforme régionale de recherche sur les actifs marins pourrait voir le jour pour structurer une filière cosmétique bio innovante.

Les îles de l’océan Indien disposent d’atouts pour structurer une filière compétitive.

Dans le secteur de l’énergie, les micro-algues pourraient être exploitées pour la production de biocarburants, limitant ainsi la dépendance aux énergies fossiles sur ces territoires insulaires. Des expériences menées en Asie pourraient servir de modèle pour adapter cette technologie aux réalités locales. À horizon 2035, des réseaux d’approvisionnement d’algocarburants pour les ferries inter-îles et les compagnies aériennes régionales pourraient voir le jour.
Sur le volet écologique, les micro-algues pourraient être utilisées comme solution d’épuration des eaux usées dans les îles densément peuplées, tout en captant le CO2. Des modèles déployés en Europe, comme ceux de PhycoCapture, pourraient inspirer des projets pilotes à La Réunion, à Maurice ou à Madagascar. Par ailleurs, la restauration des écosystèmes marins par la plantation d’algues pourrait contribuer à préserver la biodiversité tout en renforçant les ressources halieutiques. Des récifs artificiels végétalisés à base d’algues pourraient être installés autour des îles pour renforcer la résilience côtière face à l’érosion et au changement climatique.

En s’appuyant sur leur positionnement géographique stratégique et sur la richesse de leur biodiversité marine, les îles de l’océan Indien disposent des atouts pour structurer une filière algues compétitive. Ce secteur offrirait aux populations locales de nouvelles perspectives d’emplois, tout en inscrivant ces territoires dans une dynamique d’économie bleue, alliant croissance durable et protection de l’environnement. La mise en place de coopératives d’algoculteurs ou de partenariats public-privé pourrait accélérer le développement de cette filière et garantir une répartition équitable des retombées économiques. À terme, l’océan Indien pourrait devenir un hub d’exportation de produits issus des algues, à haute valeur ajoutée, vers l’Afrique et l’Asie, en s’appuyant sur des labels «algues durables» valorisant les pratiques respectueuses de l’environnement.

Virginie Lorenzato Joannis
CEO du groupe CARAMEL