Le 27 août dernier, l’ONG Eco-Sud a saisi le Juge en Chambre d’une demande d’injonction contre 23 parties accusées de proposer des sorties en mer pour approcher cachalots, baleines et tortues marines. Selon l’organisation, « cette activité se pratique en toute anarchie depuis plusieurs années dans les eaux mauriciennes, et sa promotion est faite en toute impunité sur internet ». Les sociétés et particuliers visés par cette action sont à la fois locaux et étrangers. Le tribunal statuera après avoir entendu les défendeurs.

«  Eco-Sud demande au Juge en Chambre d’ordonner d’urgence aux défendeurs de cesser leurs activités illégales en attendant qu’ils répondent de leurs actes dans une action en responsabilité civile qu’Eco-Sud se prépare à loger en Cour Suprême », explique l’ONG qui ajoute qu’elle poursuivra aussi la Tourism Authority, ainsi que le ministère des Pêches, chargée de réguler les activités touristiques. « Dans cette action principale à venir, Eco-Sud poursuit également la Tourism Authority qui, de par son inaction durant de nombreuses années, a laissé la voie libre à ceux qui ont souhaité s’enrichir sur le dos de ces baleines, cachalots et tortues de mer. Le ministère des Pêches est également cité comme défendeur dans l’action principale, pour avoir manqué à la responsabilité que lui est conférée par la loi depuis l’entrée du Fisheries Act 2023, à savoir de veiller à ce que les baleines, cachalots et tortues marines ne soient pas harcelés. »

Eco-Sud dénonce ce dont parle fréquemment le journal des Archipels : si dans la loi, les baleines, cachalots, dauphins et tortues sont protégées, il n’en demeure pas moins qu’il est souvent fait état d’abus. Eco-Sud rappelle que les cétacés subissent un harcèlement quotidien de la part de dizaines de bateaux et de centaines de nageurs ; « des actions qui relèvent pourtant d’une offense criminelle », constate l’ONG qui évoque une industrie extrêmement lucrative aux « tentacules internationaux ».

Dans son communiqué, Eco-Sud rappelle que les baleines jouent un rôle crucial dans l’équilibre des océans et dans la lutte contre le changement climatique, en contribuant à la régénération des écosystèmes marins, à la séquestration du carbone, au cycle des nutriments et à la production de phytoplancton, source d’oxygène pour la planète. La population résidente de cachalots aurait chuté à 25 individus environ, selon les partenaires de l’ONG.

 

Quelques extraits saillants du communiqué de presse d’Eco-Sud :

« Il est urgent d’agir, et ce, avant qu’il ne soit trop tard. Il est de la responsabilité de chacun de protéger notre environnement et nos ressources marines. Les lois existent, mais encore faut-il qu’elles soient appliquées et respectées. »

« Nous dénonçons l’inaction des autorités qui, depuis des années, se sont rendues complices de cette industrie illégale. Les lois et les sanctions sont restées lettre morte. »

«  La lutte contre cette activité illégale se joue autant, sinon plus, sur les réseaux sociaux qu’en mer. Les autorités ne disposent pas, à ce jour, des ressources nécessaires pour surveiller efficacement à la fois la mer et le web. Les opérations de crackdown (NDLR – une opération de répression ciblée) ponctuelles n’ont eu qu’un effet temporaire et limité, car cette activité continue bel et bien au quotidien, même si elle se fait plus discrète. »

« Ce sont ces éléments qu’Eco-Sud a fournis au Juge en Chambre dans notre demande d’injonction. Le Juge en Chambre décidera donc de notre demande une fois les défendeurs entendus. Compte tenu du nombre de parties visées, ce processus s’annonce malheureusement long, malgré l’urgence de la situation. »

 

Malgré ces critiques contre les autorités, Eco-Sud souligne quelques signaux positifs de la part des autorités :

« Nous saluons toutefois le changement de politique observé ces derniers mois à la Tourism Authority ainsi que la volonté de sa nouvelle direction d’agir contre les contrevenants et d’inclure les ONGs dans les discussions relatives aux réformes législatives pertinentes. Nous savons aussi que les autorités, avec l’appui de la National Coast Guard, ont sévi en mer ces derniers mois. Nous nous engageons à les soutenir dans leurs actions futures dans la mesure de nos possibilités. »