Article publié dans le JDA 16 en février 2024.
Jessica Teerovengadum-Naga est une avocate au parcours exceptionnel ayant exercé en Europe, sur le continent africain et dans l’océan Indien. À la force de travail et d’une intelligence exploitée avec brio, elle s’est muée en pionnière, reconnue par ses pairs et par l’industrie émergente de la fintech. Aujourd’hui à la tête du groupe Mindex, une entreprise qu’elle a contribué à fonder, Jessica capitalise sur les nouvelles technologies telles que la blockchain pour démocratiser la finance et apporter du développement économique à Maurice et l’Afrique.
Texte : Alexandre Karghoo
PHOTO (Droits réservés) : Jessica Teerovengadum-Naga est aujourd’hui directrice générale du groupe Mindex. Ce conglomérat est “un écosystème entièrement réglementé et assuré, pour la création, l’échange et le stockage d’actifs numériques de toute nature”.
Jessica a fréquenté le prestigieux collège Queen Elizabeth (établissement d’éducation secondaire) à Maurice. Elle y a étudié les sciences car elle a toujours choisi les filières qui lui semblaient les plus stimulantes. Si ses proches ambitionnaient pour elle une carrière dans la médecine, elle décide d’étudier le droit, à Toulouse (France), où elle prend un réel goût à étudier à l’école française. Elle y obtiendra une licence de droit et une maîtrise en droit des affaires de l’Université des Sciences Sociales avec les félicitations du jury lors de sa première année.
Même si elle étudie le droit des affaires, ce sont toujours les droits sociaux qui l’interpellent le plus, preuve de cette polyvalence qu’elle n’a cessé de cultiver et donnant raison à ceux qui avaient décelé en elle, très tôt, un désir de se battre pour les causes justes.
Avocate des affaires polyvalentes.
Sa maîtrise en poche, elle s’envole pour l’Angleterre aux côtés de celui qui deviendra son mari. Jessica se forme au droit anglais à Manchester, effectuant son stage de formation professionnelle (“pupillage” en anglais) grâce à une bourse lui ouvrant les portes d’un prestigieux cabinet à Londres. Elle y planchera sur de grosses affaires telles que les réclamations d’assurances suite aux attentats du World Trade Center. Ainsi, c’est en 2004 qu’elle prête serment comme avocate au barreau d’Angleterre et décide, après son pupillage, d’exercer comme indépendante dans le circuit londonien quelques années.
“Il fallait voir davantage”, dit-elle. Elle voulait diversifier ses expériences. Les droits sociaux demeurent sa passion, et elle travaillera notamment sur nombre de cas de demandes d’asile : “Ce sont ces cas qui nous marquent le plus”, se remémore-t-elle.
Mariée et ayant rejoint le barreau de Maurice deux ans plus tôt, Jessica et son époux s’installent au Cap, en Afrique du Sud, en 2009. Elle rejoint un groupe de capital-investissement dont elle deviendra directrice générale tout en siégeant au sein de différents conseils d’administration. Sur le continent, elle constate les grandes disparités entre les entreprises africaines et occidentales. Cette expérience la marquera profondément et posera les bases de son engagement de femme entrepreneuse.

PHOTO (DR) : Jessica T. Naga, intervenant ici au Cryptoverse Summit de 2023, est d’avis qu’à Maurice, la commission financière a déjà établi les règles pour permettre aux opérateurs mondiaux de s’installer et d’opérer pour la conduite de leurs affaires autour des actifs numériques.
Récompensée par Women in Africa.
De retour à Maurice en 2012, elle exerce comme avocate indépendante, se spécialisant dans les transactions d’entreprises transfrontalières, les questions réglementaires et la fintech. La découverte de la blockchain, en 2017, sera pour elle un autre tournant décisif : “Pendant six mois, je lisais tout ce que je pouvais trouver”, raconte-t-elle.
Dans la foulée et ayant trouvé dans cette technologie un potentiel à exploiter pour résoudre les problèmes systémiques qu’elle avait identifiés, elle décide d’ouvrir son propre cabinet, Digital Associates. Elle conseillera la commission financière des Seychelles, attestant son expertise dans ce secteur émergent et, en 2020, Jessica est récompensée par Women in Africa dont le concours annuel WIA54 promeut l’entrepreneuriat féminin en Afrique.
Conseillère juridique de Mindex depuis sa fondation en 2019, Jessica décide fin 2022 d’en prendre les rênes : “Mindex est un écosystème entièrement réglementé et assuré pour la création, l’échange et le stockage d’actifs numériques de toute nature. Le cœur de métier de Mindex est donc en grande partie la ‘tokenisation’ (de l’anglais ‘création de jetons’ – NDLR) des actifs. La digitalisation d’un actif, c’est une représentation numérique de celui-ci, sur la blockchain. Cela permet aux actifs financiers tels que les actions, les obligations, les fonds, ainsi qu’aux biens du monde réel tels que les matières premières, l’art, les brevets ou l’immobilier, d’être représentés par des jetons numériques sur une blockchain. Pourquoi faisons-nous cela ? Parce que cela facilite son stockage, son échange et sa décomposition en petits morceaux.”
Mindex et Jessica Teerovengadum-Naga ont ouvert la voie.
La vision et la mission de Mindex se fondent sur un constat qu’a fait Jessica lors de sa riche carrière à l’étranger : “Pour le dire simplement, il existe des déficiences majeures en matière d’infrastructure financière en Afrique. Par exemple, des inefficacités dans le commerce d’actifs, tant au sein des juridictions qu’entre juridictions ; il y a des problèmes de liquidités, puis il y a des défis bancaires. Ces déficiences rendent très difficile pour, par exemple, un Kenyan, d’acheter un actif à Maurice. Celui-ci doit passer par des courtiers, des banques, par différentes devises et tout cela coûte cher et rend les échanges plus durs.”
Mindex détient toutes les licences nécessaires auprès de la Commission des services financiers de Maurice (FSC) et Jessica, qui a grandement œuvré pour faire émerger les régulations, pense que Maurice jouit aujourd’hui du cadre réglementaire nécessaire pour briller dans le secteur de la fintech.
À Maurice, la loi est claire, explique-t-elle. Alors qu’aux États-Unis, par exemple, les institutions légifèrent encore sur le statut de certains actifs numériques. À Maurice, la commission financière a déjà établi les règles pour permettre aux opérateurs mondiaux de s’y installer et d’opérer pour la conduite de leurs affaires. Mindex et Jessica Teerovengadum-Naga leur ouvrent la voie.




















