Comme il fallait s’y attendre, le conflit au Moyen Orient s’exporte indirectement chez nous en raison de l’augmentation des trafics maritimes vers le Canal du Mozambique, et l’augmentation des trafics de tous genres. La présence islamiste armée étant très active, des côtes est-africaines aux côtes ouest malgaches, la zone redevient zone de conflits après une accalmie relative*
Dans la matinée du 15 mars dernier, dans les eaux proches du village de Calugo, au sud de Mocímboa da Praia, des soldats à bord d’un navire de la marine de la FADM (Defense Armed Forces of Mozambique) ont ouvert le feu sur six bateaux de pêche, tuant au moins 13 jeunes hommes. Ces hommes étaient originaires de la région de Ntende, dans le quartier de Nabubussi de la ville de Mocímboa da Praia. Au total ce sont 85 pêcheurs, qui offrent un soutien logistique en mer aux pirates et terroristes islamistes (les deux étant souvent les mêmes), depuis début 2024. La FADM cherche à affirmer son contrôle maritime, mais l’efficacité de son approche agressive est discutable. Six jours plus tard, selon des sources du village, un groupe de militants de l’Islamic State Mozambique (ISM) a célébré l’Aïd al-Fitr dans le village d’Ulo, plus haut sur la côte, à seulement 12 kilomètres de la ville de Mocímboa da Praia. De toute évidence, les communautés côtières ne tournent pas le dos aux insurgés. La poursuite des meurtres en mer a peu de chances de faire basculer la sympathie du public en faveur des FADM. Les affrontements se poursuivent dans la forêt de Catupa à l’heure où nous éditons cette information.
Affrontements dans les forêts et en haute mer
Alors même que certains militants passaient une fête de l’Aïd paisible à Ulo, d’autres étaient engagés dans des affrontements dans la forêt de Catupa. Selon plusieurs sources, le 20 mars, les habitants de Quinto Congresso ont entendu des tirs nourris provenant de la direction de la forêt de Catupa. Les combats impliquaient probablement les FADM, peut-être avec le soutien des Forces de défense rwandaises (RDF), qui tentaient de s’emparer des positions de l’ISM dans la forêt. On pense que le quartier général de l’ISM se trouve au cœur de la partie la plus boisée de la région de Catupa, bien qu’il soit entouré d’un certain nombre d’avant-postes que l’ISM appelle des « ribats ». Des combats intermittents ont lieu dans la région depuis que l’ISM a pris d’assaut deux positions de la FADM dans la forêt de Catupa, le 31 janvier. Les données suggèrent que les modalités d’intervention de la FADM en mer ont changé début 2024, entraînant une augmentation significative du nombre de victimes civiles (voir graphique). Depuis janvier 2024, la marine de la FADM a pris pour cible des pêcheurs à au moins 10 reprises, entre l’île de Muisunne au large de la ville de Mocímboa da Praia au nord et l’île de Matemo au sud. L’incident le plus meurtrier s’est produit en janvier 2024, lorsque la FADM a tué 30 pêcheurs près de l’île de Muissune (également connue sous le nom d’île de Suna), à environ 20 km au large de la ville de Mocímboa da Praia.
(Source ACLED).
*Lire l’analyse de Michel Brelivet « PROJET TOTAL MOZAMBIQUE » sur notre prochaine édition du magazine.




















