C’est un constat amer qu’il est aisé de faire. Il suffit de quitter la côte à bord d’un speed boat, parcourir quelques centaines de mètres dans la région de Rivière Noire pour tomber sur des familles de dauphins, ou pour un plus grand frisson (et pour beaucoup plus d’argent), aller au-delà de la plateforme continentale de l’Ile Maurice, c’est-à-dire à 4 ou 5 miles nautiques des côtes là où les fonds atteignent 2 à 3000 mètres, pour tomber sur des familles de cachalots.
Article paru sur notre édition du magazine JDA 17 (mai/juin 2024)
Là, malgré les interdictions en vigueur, il est facile (mais pas risqué) de se mettre à l’eau pour réaliser les désormais incontournables selfies qui vont alimenter les pages personnelles de tous ces « intrépides » sur les réseaux bobos.
A la limite, rien de grave en soi, chacun est libre de frimer comme il veut, sauf que les approches se font désormais n’importe comment par n’importe qui, dans l’inconscience des dangers encourus. Ces dangers quels sont-ils ? d’après un scientifique marin, qui tient à garder l’anonymat (et oui, les scientifiques sont, eux aussi, dépendants du bon vouloir du Gouvernement qui doit jongler de son côté entre intérêts scientifiques et stratégies politiques) : «il suffit de voir les photos que nous vous avons transmises, avec un cachalot et sa quinzaine de tonnes qui plonge à quelques mètres d’une petite embarcation. A coup sûr c’est pour montrer son mécontentement. Imaginez un peu s’il rate son plongeon et tombe sur le bateau !»
Les grands requins océaniques sont souvent dans les parages.
Pour Hugues Vitry, plongeur mauricien qu’on ne présente plus dans nos colonnes, le danger peut venir tout simplement des grands requins océaniques* qui circulent dans cet horizon marin : « des requins longimanes fréquentent ces zones de grands fonds, ils sont attirés par les calamars qui sont rejetés par les cachalots lors de leurs remontées des grands fonds ou bien par les jeunes qui peuvent se retrouver à leur merci quand les cachalots plongent dans les longtemps pour aller chasser les calamars. Il n’est pas rare de se faire charger par ces requins au tempérament plutôt agressif. »
Jusqu’à 18 embarcations sur les sites où se « reposent » les cachalots.
Des constats qui concernent les dangers directs sur les humains, mais il ne faut pas oublier les principaux intéressés qui sont les mammifères marins, gentils et sociables, mais qui comme tout mammifère peuvent « disjoncter » quand on touche à leur progéniture : «les jeunes cachalots doivent rester en surface pour téter tranquillement, les mamans et les nourrices doivent rester dans un calme absolu pour les allaiter, pourtant les touristes les traquent sans arrêt jusqu’au jour où un coup de queue mortel les en dissuadera. Ce jour-là je crains bien que les autorités n’interdisent tout simplement les approches, fussent-elles respectueuses ou pas», souligne notre interlocuteur. La multiplication des embarcations sur les sites où se reposent les cachalots la journée (nous en avons observé jusqu’à 18 en même temps ce mois de mars NDLR) ne permet pas une approche sécurisée pour les hommes et pour les animaux. Aussi les blessures dues aux coups d’hélices ou de dérives sont de plus en plus fréquentes.
Un grand dommage alors que les scientifiques, à l’instar des professeurs Glotin et Sarrano, commencent à peine à décrypter leurs langages (lire le JDA 12).
Une loi pour qui ? pour quoi ?
Pourtant la Tourism Authority, l’organe du ministère du Tourisme de l’île Maurice censé réglementer les activités liées à l’océan, a pris en 2012 la décision de sanctionner tous les opérateurs qui proposeraient des mises à l’eau avec les grands cétacés, baleines à bosses ou cachalots (sauf pour les études scientifiques et les permis octroyés spontanément pour des missions spécifiques pendant une période bien définie ).
Théoriquement, les mises à l’eau impliquant des touristes payants pour l’activité sont interdites, sauf que cela se fait en toute impunité tous les jours, non loin des côtes et des navettes maritimes des gardes côtes qui zizgaguent dans les lagons en longueur de temps, on se demande bien d’ailleurs pour contrôler qui ou quoi !
A suivre dans nos colonnes.
Pour télécharger le texte original de la loi, cliquez ici.
*Le Requin longimane, aussi appelé Requin océanique, aileron blanc du large ou encore requin pointes blanches du large, est une espèce de grand requin pélagique vivant dans les eaux profondes des océans tropicaux et les zones chaudes des océans tempérés. Il se dit qu’il est le plus dangereux des grands requins.




















