C’est une avancée exceptionnelle, un événement unique au monde : grâce à la combinaison des travaux de l’océanographe François Sarano, du professeur Hervé Glotin de l’Université de Toulon pour l’acoustique et des images de René Heuzey, le langage des cachalots mauriciens commence à être décrypté. Le 26 avril 2023, au Yacht Club de Grand-Baie, les trois spécialistes et leurs équipes ont fait cette belle annonce. Le Journal des Archipels était là.
Par Jacques Rombi
Article paru sur notre édition JDA 12 en juin 2023
Il aura fallu 10 années de collecte de données, mais surtout de passion et d’amour pour ces « personnes non humaines » comme François Sarano aime appeler les cachalots, pour collecter et analyser une data exceptionnelle qui permet aujourd’hui de comprendre qui parle à qui et à quel sujet.
C’est ce qu’il faut comprendre, après avoir côtoyé l’équipe de scientifiques toute une journée au large de Port Louis.
Là, à la surface d’une colonne d’eau culminant à environ 2000 mètres, nous avons pu côtoyer une partie du clan d’Irène Gueule tordue, la matriarche qui règne sur une trentaine d’individus unis par des liens et un langage que les scientifiques commencent à comprendre.
« C’est d’abord une histoire de famille qui nous unit à ce pod (nom scientifique donné aux clans de cachalots). Grâce à nos travaux conjugués ces dix dernières années, nous avons pu recueillir des informations capitales, uniques au monde, pour commencer à comprendre le langage de ces cachalots » précise François Sarano, à la passion communicative.
Car il faut souligner que c’est aussi grâce aux relations rapprochées, presque amicales, que ces hommes ont su tisser avec ces cachalots mauriciens, que de telles avancées ont pu être réalisées.
Des technologies uniques au monde développées entre Toulon, en France, et l’île Maurice.
Ces hommes qui sont-ils ? En bref l’histoire a débuté par la commande d’un documentaire par la chaîne Ushuai TV à René Heuzey en 2011. Il découvre alors, sous les orientations de Jacqueline Sauzier (présidente de la Mauritius MarineConservation Sociéty) l’existence des clans de cachalots sédentaires qui vient au large de Maurice. C’est le coup de foudre qu’il communique alors à François Sarano, rencontré précédemment pour la réalisation du célèbre film Océans (de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud).
Depuis 2013, les deux hommes s’engagent alors dans une véritable mission : celle d’approcher, connaitre et collecter un maximum d’informations sur ces cachalots mauriciens qui sont particulièrement pacifiques.
Ils sont aidés dans cette quête des précieuses DATA par Axel Preud’homme, qui a une connaissance intime et encyclopédique des ces cachalots et sait les reconnaitre au premier coup d’œil.
Les images permettent alors d’enregistrer des heures d’interactions entre mères et enfants, entre frères et soeurs, entre bébés et leurs nounous (qui peuvent différer des mères biologiques).
Les analyses ADN réalisés sur les lambeaux de peaux laissées par les animaux permettent alors à François Sarano de commencer à élaborer un arbre généalogique assez précis. Mais il manquait un maillon à la chaîne de compréhension : qui dit quoi et à qui ? En effet, quand on met la tête sous l’eau à proximité des pods, on peut distinguer aisément un grand brouhaha sous-marin fait d’une succession définie de claquements secs, appelés clics.
C’est là qu’est intervenu le professeur Hervé Glotin, de l’Université de Toulon, et son équipe : «leurs relations sociales s’expriment par l’échange d’expressions sonores qui ont pu être attribuées à l’individu qui les émettait et, par conséquent, être associées à son comportement. C’est une grande première mondiale, réalisée grâce à l’enregistreur Jason à 5 hydrophones mis au point par mon équipe. Le processeur de Jason, qui enregistre au millionième de seconde, permet de mesurer le délai d’arrivée du son sur chacun des 5 micros, et donc, de « trianguler » vers la source sonore. »




















