« Cap vers la finance durable », le titre de la conférence à laquelle a invité ses partenaires, l’Agence Française de Développement, les 5 et 6 février derniers, à l’hôtel Ravenala Attitude. Si cette conférence était l’occasion de faire le bilan du dernier programme de financement durable (ou ligne de crédit) Sunref, elle était aussi l’occasion de grandes annonces, car Sunref, qui a été un programme influent sur la finance durable à Maurice, laisse place à une nouvelle stratégie d’intervention de l’AFD.

Par Alexandre Karghoo

PHOTO (DR) : Daniel Essoo (DG de la Mauritius Bankers Association), Philippe Espitalier-Noël (président de la commission du développement durable chez Business Mauritius), Kevin Ramkaloan (DG de Business Mauritius), Florence Van Houtte (Team leader, Union européenne à Maurice), Marios Vitos (chargé d’affaires de l’UE à Maurice), Laëtitia Habchi (directrice de l’AFD pour Maurice et les Seychelles), Dhaneshwar Damry (Ministre délégué des Finances), Lisa Simrique Singh (Coordinatrice résidente des Nations unies), Anil Currimjee (président de Business Mauritius), Frédéric Bontems (Ambassadeur de France)

En réalité, il y a eu trois programmes Sunref (Sustainable Use of Natural Resources and Energy Finance) successifs depuis 2009. Ces programmes de financement vert destinés aux entreprises ont pour objectif de leur donner les moyens de saisir les opportunités de la transition écologique : efficacité énergétique, énergie renouvelable, gestion des ressources naturelles ou protection de l’environnement, entre autres. Le programme Sunref III a lui débuté en 2018 et pris fin en 2024. Il s’agissait d’une enveloppe de 85 millions d’euros accordée à des banques privées partenaires – AfrAsia, MCB et SBM – qui accordaient à leur tour des prêts dits durables à taux préférentiels aux porteurs de projets éligibles. L’Union européenne apportait généralement une subvention (prime à l’investissement) aux projets validés et finançait Business Mauritius (BM), entité patronale principale du pays, qui était, elle, mandatée pour apporter une « assistance technique » aux banques pour évaluer les projets.

 

PHOTO (DR) : La conférence « Cap sur la finance durable » les 5 et 6 février derniers, à l’hôtel Ravenala Attitude, a été l’occasion de présenter la nouvelle stratégie éponyme de l’AFD dans la finance durable et de faire un bilan du programme Sunref III.

 

La conférence des 5 et 6 février a été l’occasion de faire le bilan des apprentissages de la troisième ligne de crédit. Depuis 2009, ce ne sont pas moins de 185 millions d’euros qui ont été alloués aux trois programmes Sunref dont 170 M d’euros ont été alloués à divers projets.  Sunref, c’est : 31 gros projets de plus de 250 000 euros depuis 2018 ; plus de 430 projets d’atténuation et d’adaptation avec cinq banques partenaires depuis 2009; 275 000 tonnes de CO2 évitées par an ; 800 000 m3 d’eau économisés par an; et neuf études produites sur différents sujets comme la mobilité électrique, l’agrivoltaïque, le pacte vert et dernièrement la construction durable, entre autres.  Un total de 77 % de ces projets étaient consacrés à la lutte contre le changement climatique, 22% à des mesures d’adaptation et 1% à l’égalité des genres. Les subsides de l’UE s’élèvent eux à un total de 7,5 millions d’euros pour les primes à l’investissement, l’assistance technique à travers Business Mauritius et le renforcement de capacités des banques.

« SUNREF nous a permis d’affiner notre compréhension des mécanismes nécessaires à la transition verte »

Car, si Sunref a aussi eu un impact environnemental, le programme a aussi eu un impact systémique sur le secteur financier. La MCB, par exemple, a elle-même mis en place une ligne de crédit d’environ 200 millions d’euros pour le financement de projets verts à travers ses Green loans. Si cela a été possible, c’est aussi grâce à l’apprentissage que la banque e a tiré de l’expérience avec Sunref :  « Ce programme nous a permis d’affiner notre compréhension des mécanismes nécessaires à la transition verte », avance Vanessa Doger de Spéville, responsable du développement durable chez MCB (voir l’interview dans la 21e édition du journal des Archipels).

Laëtitia Habchi, directrice de l’AFD pour Maurice et les Seychelles, en tire aussi une leçon. Il est désormais important pour les banques privées d’internaliser la composante « assistance technique » et de monter en compétences, notamment en étoffant leurs équipes pour être capables d’évaluer en interne les projets. Ensuite, il est temps de passer à un niveau supérieur, celui de la gouvernance, de la régulation et de la supervision, avance-t-elle.

 

INFOGRAPHIE (AFD Maurice)  : Cette stratégie  « Cap sur la Finance Durable » de l’AFD se décline ainsi en trois parties : un renforcement du dialogue au niveau de la gouvernance climatique ; un travail sur l’élaboration d’un cadre national de la finance durable et des lignes de crédit accordées aux banques privées et publiques.

 

Cette stratégie « Cap sur la Finance Durable » de l’AFD se décline ainsi en trois parties. L’AFD et l’UE souhaitent premièrement construire et renforcer le dialogue avec les auto­rités et les acteurs financiers, et organiser des conférences et des workshops de haut niveau sur la finance durable. Autrement dit, l’AFD ambitionne d’agir au niveau de la gouvernance climatique. Deuxièmement, « un programme de deux millions d’euros est en train d’être mis en place par la filiale Expertise France de l’AFD pour du partage d’expérience entre la Banque de France, et la Banque de Maurice et l’association des banques mauriciennes pour l’adoption des bonnes pratiques », a expliqué Laëtitia Habchi. Expertise France accompagnera ces régulateurs et superviseurs dans l’adoption de normes internationales (taxono­mies vertes et guidelines climatiques) et dans leur montée en compétences.

L’AFD ciblera aussi désormais les banques publiques et les acteurs institutionnels

L’AFD poursuivra le financement des investissements durables via des lignes de crédits climatiques, en partenariat avec Proparco. Une nouveauté sera l’internalisation de la composante « assistance technique » au sein des banques, qui était jusqu’ici assurée par BM dans le programme Sunref III. L’AFD ciblera aussi désormais les banques publiques et les acteurs institutionnels, tandis que Proparco (filiale du groupe AFD dédiée au secteur privé) financera les banques et les entreprises privées. Cette dernière a déjà octroyé de nouvelles lignes de crédit à la banque Absa (75 M de dollars dont 50 % via l’AFD) et à la MCB (120 M de dollars en cofinancement avec la DEG, l’équivalent allemand de Proparco). Concernant les banques publiques, à savoir MauBank et la SBM, pour structurer leur offre de finance durable, deux lignes de crédit vertes (pour un total de plus de 83 M d’euros) seront accordées et comprendront une assistance technique subventionnée par le Fonds Vert pour le climat. « Soyez assurés, l’AFD, Proparco et Expertise France resteront aux côtés des autorités mauriciennes et de l’ensemble des acteurs du secteur pour contribuer au verdissement du système financier et participer à l’évolution des règlements et des pratiques des investisseurs », a conclu Laëtitia Habchi.

LISEZ NOTRE DOSSIER Consacré à la Finance verte dans notre 21e édition du journal des Archipels !

 

Dans le cadre de Sunref III, neuf rapports ont été réalisés sur des sujets comme la mobilité électrique, le marché carbone et dernièrement la construction écoresponsable. Ces rapports visent à diffuser les informations auprès des entreprises intéressées à se lancer dans des projets verts. A consulter ICI.