Pendant trois jours, du 18 au 20 novembre à l’IFM à Rose-Hill (Maurice),
Chercheurs, professionnels, acteurs locaux, étudiants et communautés se sont réunis pour analyser les enjeux du littoral, partager les dernières avancées scientifiques et co-construire des pistes d’adaptation. Ce projet est soutenu cette année par l’Ambassade de France, l’Institut français de Maurice et Kolos Cement Ltd.
Cette édition a confirmé que les mutations du littoral ne relèvent plus d’une projection théorique. L’un des points forts des trois jours de colloque a été la présentation de MAURISCOT, un rapport consacré aux littoraux mauriciens (disponible sur les liens suivant : synthèse et dans son intégralité). MAURISCOT est une commande de l’État mauricien, via le ministère de l’Environnement, qui a sollicité le BRGM, reconnu pour son expertise en gestion des risques en France, afin de mener une étude sur les risques et l’évolution des risques côtiers liés au changement climatique à Maurice et à Rodrigues. Le projet a été financé par l’Agence Française de Développement, et le BRGM en a assuré la coordination. Il a conduit l’essentiel du travail sur les aléas et leur analyse. Le BRGM a ensuite fait appel à Météo-France pour obtenir les données nécessaires à l’étude de l’évolution des cyclones, de l’élévation du niveau marin et d’autres paramètres clés, ainsi qu’à l’Université de Limoges pour la partie consacrée au risque, c’est-à-dire l’évaluation des enjeux et de la vulnérabilité des sociétés côtières face au changement global.
Par ailleurs, le rapport a mis en évidence une réalité désormais incontestable : l’érosion s’intensifie, les plages reculent, et la montée des eaux est aujourd’hui perceptible à l’échelle d’une seule génération. À Maurice, comme dans l’ensemble de l’océan Indien, la question n’est plus de savoir si ces transformations vont s’aggraver, mais de comprendre comment les populations pourront continuer à habiter des zones devenues vulnérables. C’est ce constat que la professeure Nathalie Bernardie-Tahir, géographe, à l’Université de Limoges et membre du comité du CEDTI a présenté au public lors de l’ouverture du colloque.
Face à cette complexité, le CEDTI souligne qu’aucune discipline ne peut, seule, répondre aux défis actuels.
Le succès des solutions d’adaptation repose sur la convergence des savoirs.
Le centre a ainsi réuni architectes, géographes, ingénieurs, sociologues, pédagogues, urbanistes, économistes, spécialistes du climat, entreprises et représentants des collectivités pour élaborer des réponses adaptées à chaque territoire. Le colloque met également en avant l’importance d’une approche pluriculturelle, indispensable dans une région où les pratiques, les mémoires littorales et les rapports à la mer varient d’une communauté à l’autre. Travailler avec les habitants, écouter les récits, intégrer les usages locaux et associer les savoirs traditionnels aux connaissances scientifiques permet d’enrichir les solutions et de renforcer leur acceptabilité. Le CEDTI travaille avec les partenaires du développement pour trouver un moyen clair d’avancer. Parmi ceux qui ont apporté leur soutien au programme se trouve Kolos.
Concours Bel Ombre 2050 : Reshaping the Edge
D’autre part, les gagnants du concours Bel Ombre 2050 : Reshaping the Edge ont également occupé une place centrale dans les échanges. Issu d’une démarche de recherche-action initiée lors du précédent colloque, ce défi architectural a mobilisé la créativité d’équipes mauriciennes et internationales pour repenser l’avenir d’un village confronté à la montée de la mer et aux crues de la rivière Saint-Martin. Les propositions ont exploré des formes d’habitat plus souples, des typologies constructives innovantes, de nouveaux rapports à l’eau et des scénarios d’adaptation progressive du village. L’ensemble des projets a été évalué par un jury d’experts ainsi que par les habitants présents lors de la cérémonie d’ouverture, illustrant une co-construction fondée sur l’écoute mutuelle et la mise en débat des solutions.
Le CEDTI rappelle que l’adaptation au changement climatique est un processus de long terme, qui exige des expérimentations et une collaboration continue entre institutions, scientifiques et populations. Les réponses ne pourront être ni uniformes ni immédiates : elles devront combiner différentes approches selon les territoires, allant des interventions structurelles à la relocalisation, des réformes réglementaires à la restauration d’écosystèmes, en passant par des innovations architecturales, éducatives et sociales.
À l’issue de cette édition, le centre réaffirme son engagement à poursuivre un travail de terrain, à accompagner les communautés et à soutenir la recherche, afin que Maurice et l’océan indien puissent inventer des modes d’habiter capables de transformer la vulnérabilité en résilience. Le CEDTI appelle enfin au renforcement des coopérations régionales, convaincu que l’avenir du littoral se construira collectivement, au croisement des savoirs, des cultures et des expériences.




















