Connu comme un industriel dans le domaine des matériaux de construction pendant des années avec son entreprise Ouest Concassage à Cambaie, l’homme d’affaires nourrissait en fait en secret des sujets plus personnels et plus engagés, notamment en efficacité énergétique et en économie circulaire. Des projets qu’il a pu mettre en œuvre depuis une quinzaine d’années, après la vente de son activité de concassage. Rencontre avec un visionnaire.
D’emblée, Joël Narayanin* donne le ton : “Je ne sais pas moi-même pourquoi je n’arrête pas de bosser, j’aurais pu le faire depuis longtemps mais quand on est entrepreneur, je crois que c’est pour la vie…” Le bâtisseur de l’hôtel Akoya (un établissement haut de gamme sur la côte ouest de La Réunion), n’a jamais arrêté de diversifier ses investissements dans différents secteurs pour La Réunion et les Réunionnais d’après ses propos : “Les entrepreneurs ont la mission de bâtir La Réunion, c’est ce que j’essaie de faire depuis 40 ans, mais aujourd’hui je me sens fatigué de crier dans le désert. Nous proposons des solutions, car nous connaissons le terrain et les problématiques de l’île, mais l’administration n’en fait qu’à sa tête. Je l’ai vécu avec la Nouvelle Route du Littoral (NRL), on ne nous a pas écoutés et voilà le fiasco aujourd’hui ! Les élus n’écoutent pas les entrepreneurs, les représentants de l’État non plus, nos expertises sont rarement entendues car on préfère donner les marchés à des intervenants extérieurs”, explique l’entrepreneur.
Cependant, malgré les embûches administratives et autres soucis liés souvent à des excès normatifs, le train JANAR (du nom de la holding familiale qui gère l’ensemble des activités) avance en essayant de coller aux besoins du département. Pour Joël Narayanin, c’est vers l’Est du département qu’il faut désormais miser.
La ruée vers l’Est
C’est dans cette perspective que le groupe familial a déjà implanté l’usine EM2R à Sainte-Suzanne, mais surtout qu’il compte accompagner le développement de cette région au niveau touristique : “Les demandes touristiques évoluent et il faut proposer des produits adaptés aux ‘touristes nature’ constitués de gens qui n’ont souvent pas de gros budgets et qui recherchent des endroits authentiques, comme c’est le cas dans l’est et le sud sauvage de l’île. Aussi nous créons un meublé de tourisme avec environ 80 couchages à Sainte-Suzanne qui s’inscrit en synergie avec l’aménagement de cette région. L’établissement, déjà nommé ‘Le Gayatri’ (une incantation au soleil en sanskrit), sera exemplaire en termes énergétiques si l’on en croit Joël Narayanin : ‘Nous y avons développé une technologie en tri-énergie. C’est-à-dire que notre centrale solaire pourra produire à la fois l’électricité, le chaud et le froid en toute indépendance. Un système en énergie positive avec un démarrage des travaux prévu cette année.’
Il s’agit d’un concept expérimental en direction des dernières réglementations d’urbanisme et des impératifs écologiques, notamment le recyclage, l’isolation, la baisse de la consommation énergétique, un type de construction hors site et une méthode d’implantation sur plots qui n’impacte pas la perméabilité du sol (loi ZAN : Zéro Artificialisation Nette), des allées réalisées avec des matériaux recyclés et drainants, un volet espaces verts particulièrement conséquent… Un projet conçu et réfléchi pour s’intégrer dans le site remarquable sur lequel il se trouve. À suivre dans nos colonnes. Propos recueillis par Jacques Rombi.
*Cet ingénieur, juriste, a débuté ses activités en 1981 dans le secteur du BTP et des industries extractives avant de se diversifier dans l’immobilier, la finance et l’hôtellerie de luxe.




















