Échoué depuis plusieurs jours sur un récif à l’entrée de la baie de Diego Suarez, à l’extrême nord de Madagascar, à proximité de la mer d’Émeraude, le navire Amory suscite des inquiétudes quant aux risques de pollution maritime qu’il pourrait provoquer.
Par notre correspondant Liva Rakotondrasata
Photo (APMF) : Le vraquier Amory s’est échoué sur un banc de corail proche de l’îlot de la Mer d’Émeraude.
Le dimanche 8 juin 2025, peu avant midi, alors que l’Amory, un vraquier de 125 mètres de long, entrait en manœuvre pour accoster au port d’Antsiranana (Diego Suarez), il est victime d’une panne moteur. Privé de propulsion, poussé par les vents violents du “varatraza”, typiques de la côte nord de Madagascar, le navire a dérivé avant de s’échouer sur un banc de corail proche de l’îlot de la Mer d’Émeraude. Selon les autorités, qui excluent tout risque environnemental majeur, le bateau en provenance de Toamasina (Tamatave), et passé par Vohémar, était chargé de 3000 tonnes de ciment et de 5 tonnes de riz. Il ne transportait ni hydrocarbures ni substances dangereuses. “Ses cuves, contenant environ 20 tonnes de fioul lourd, sont progressivement vidées à titre préventif”, a-t-on aussi rapporté au niveau de l’Agence Portuaire, Maritime et Fluviale de Madagascar (APMF). On sait en outre que l’équipage de l’Amory, composé de 22 personnes, a été maintenu à bord suite à l’échouement. Les marins ont été pris en charge dans des conditions qualifiées par les autorités de sécurisées.
Précaution maximale compte tenu de la sensibilité écologique de la baie.
Selon l’APRA, une organisation environnementale opérant dans la partie nord de la Grande Ile, l’un des aspects les plus sensibles de cet incident est l’impact sur l’écosystème corallien des eaux cristallines de la baie d’Antsiranana, un lieu d’importance écologique majeure. Si aucune pollution marine n’a été détectée à ce jour, suite à l’opération de contrôle effectuée par l’OLEP (Organe de lutte contre les événements de pollution marine), certains témoins locaux évoquent des traces noirâtres autour du navire. On constate en outre que l’opération de déséchouage du vraquier s’annonce comme un défi technique de taille. A noter que situé dans une zone peu profonde, le navire repose sur un banc corallien très proche du rivage, ce qui limite l’accès aux remorqueurs. Sans oublier que les conditions météo sont défavorables : les vents intenses et brusques rendent les manœuvres délicates.
Selon les techniciens, un travail d’allègement s’avère prioritaire. “Avant toute tentative de remise à flot, une partie du combustible doit être retirée, les cuves sont actuellement vidées. Des plongeurs ont évalué l’état de la coque et fixé des ancres provisoires pour sécuriser la structure. Une task-force réunissant l’APMF, l’OLEP, la marine nationale et d’autres partenaires est mobilisée pour coordonner ces opérations”, a-t-on aussi fait savoir. De son côté, le ministère de l’Environnement s’est aussi voulu rassurant : “aucune pénétration d’eau ni fuite n’a été détectée”. Mais en dépit des assurances formulées par les différents responsables, des acteurs environnementaux ont tenu à exiger des autorités “une précaution maximale compte tenu de la sensibilité écologique de la baie”.
«Aucune fuite n’a été constatée»
A savoir que ce n’est pas le premier incident notoire enregistré dans cette zone : en avril 2014, le pétrolier Tromsø s’était déjà échoué dans la même zone, sans conséquence majeure mais en rappelant la vulnérabilité environnementale de cette baie. Dix ans plus tard, l’incident de l’Amory ravive les débats et appelle à davantage de prévention et de préparation opérationnelle. Surtout que nombreux se rappellent encore du vraquier japonais MV Wakashio qui, en 2020, s’était cassé en deux dans l’océan Indien, trois semaines après avoir échoué sur un récif de l’île Maurice, où il a déversé mille tonnes de fioul dans les eaux turquoise.
Selon les dernières informations, l’inspection sous-marine réalisée les jeudi 12 et vendredi 13 juin a permis d’identifier les points d’ancrage de l’Amory sur le récif, ainsi que de vérifier l’état de sa coque. “Aucune fuite n’a été constatée, et aucun déversement de produits nuisibles à l’environnement en provenance du navire ne s’est produit. Des vérifications sur place autour du point d’échouage du navire ont aussi été effectuées. Compte tenu des conditions météorologiques difficiles, l’équipe d’intervention reste en veille permanente en vue de procéder aux opérations d’allègement du navire, préalables au déséchouage proprement dit, qui sera effectué dans les meilleurs délais “, a indiqué la task-force dans un communiqué publié le 15 juin dernier.




















