Il y a trois ans, nous présentions le duo Anne Venkiah et Élodie Audibert-Lagourgue, les deux co-fondatrices de Lokal Adventure. Leur micro-entreprise propose depuis cinq ans des activités touristiques “hors des sentiers battus”, titrait le JDA. Trois ans plus tard, nous faisons le bilan avec elles, et bien malheureusement, il est tout sauf réjouissant. Si l’activité hôtelière a elle aussi bien rebondi suite à la pandémie, les sites touristiques naturels pâtissent d’un manque de régulation et d’une mauvaise gestion dévastatrice.
Cet article fait suite à un reportage plus complet à lire sur notre magazine JDA 22 (édition mai-juin 2025).
(….) Lokal Adventure propose un large éventail de randonnées, notamment sur des parcours peu fréquentés et plus techniques. Elles proposent aussi des vias ferratas (itinéraire aménagé dans une paroi rocheuse). Si elles saluent tout bas l’”exceptionnel” travail qui a été fait au parc national des gorges de Rivière-Noire en termes de rehaussement des infrastructures et du travail de restauration de la biodiversité endémique, elles déplorent que la plupart des autres sites naturels ou historiques soient peu ou pas entretenus. Ces lieux touristiques souffrent d’un manque d’entretien. Elles expliquent que, malheureusement, l’entretien de ces lieux naturels repose, de facto, sur la bonne volonté de certains guides qui prennent sur eux de mener régulièrement des campagnes de nettoyage. De même, en mer, elles souhaitent que les skippers soient mieux formés pour protéger la biodiversité marine, notamment lorsqu’il s’agit de l’ancrage de leurs bateaux, qui endommage les récifs.
“On est en train de voir émerger les problématiques du surtourisme, pourtant on n’est pas en surtourisme”, explique Élodie, qui précise : “Avant, les touristes étaient surtout dans les hôtels. Aujourd’hui, une bonne majorité de touristes veut sortir. Pourquoi ? Pour le côté instagrammable…” “Mais aussi pour l’écotourisme”, tient à ajouter Anne. “De ce fait, il y a eu un afflux de personnes sur ces activités et personne n’y est préparé : ni les sites, ni les guides, ni les tours opérateurs.” Élodie prend l’exemple des Sept Cascades, que certains touristes osent braver sans guide, alors que les sentiers ne sont pas balisés et, ce faisant, prennent des risques. “S’il y a un accident, ça peut être dramatique”, déplore-t-elle.

PHOTO (DR) : Anne Venkiah (à gauche) et Élodie Audibert-Lagourgue, les deux co-fondatrices de Lokal Adventure.
Le tourisme a besoin de se repenser.
Selon Élodie et Anne, les autorités ont un plus grand rôle à jouer. Elles regrettent aussi que, bien qu’elles soient enregistrées auprès des autorités, elles n’aient pas d’alerte météorologique et n’aient pas de consignes claires sur ce qu’il faut faire en cas de mauvais temps, notamment avec les nouveaux protocoles de la météo de Maurice, régulièrement critiquée. Élodie déclare : “Nous n’avons pas le choix. Il faut mettre des règles, et les règles exigent des sanctions. Sans quoi, ça ne fonctionne pas. Les sanctions financières peuvent aussi contribuer à la maintenance des sites.” Malgré leur révolte, elles ne souhaitent pas être dans la confrontation. Elles préfèrent prêcher par l’exemple.
“Le tourisme a besoin de se repenser. La clientèle a changé. Elle va dans les Airbnb et ne prend plus de taxi. Si nous, on ne change pas, en persistant avec la construction d’hôtels en all-inclusive, ça ne marchera pas.” Ainsi, tout en tirant la sonnette d’alarme, elles persistent dans leur aventure.




















