L’Arcom, le régu­lateur de l’au­diovisuel, a été alerté par un si­gnalement d’un télé­spectateur suite à trois temps de parole accor­dés en janvier et février 2024 aux habitants de Cavani, qui subissaient avec douleur la pré­sence du camp de mi­grants autour du stade. L’Arcom a considéré que « les propos pou­vaient être considérés comme un encouragement à des comporte­ments discriminatoires et une incitation à la haine ou à la violence fondée sur des motifs raciaux ou ethniques. »

Par Patrick Millan, directeur de publication

On vit une époque formidable… Une époque où donner la parole à toutes les parties d’un débat est devenu un acte de résistance. Chez Kwezi TV, nous avons pourtant osé : après avoir reçu le porte-parole des migrants, il nous semblait naturel — presque évident — d’inviter aussi celui des riverains de Cavani, ces habitants qui vivent cette réalité au quotidien. Chacun a pu s’exprimer librement. Le porte-parole des habitants entame son intervention en parlant de ressenti de la population : « En ce moment, à Cavani, c’est devenu la peur, les habitants ont peur… / … Les migrants commencent à rentrer dans les maisons pour mendier, voire voler des vêtements. » Un débat sain, franc, sans langue de bois. N’est-ce pas cela, le journalisme ? Offrir une tri­bune à toutes les voix pour éclairer le débat ?

Mais non. Ça dérange. Une association de défense des droits de l’homme, épaulée par une avocate militante, a décidé de déposer un signalement auprès de l’Arcom. Et là, le gendarme de l’au­diovisuel a fait ce qu’il fait de mieux : nous ser­monner, comme si nous étions des garnements ayant trop parlé à la récré.

Mise en garde pour Kwezi TV. Pourquoi ? Parce que nous n’avons pas fait taire un citoyen. Parce qu’aujourd’hui, écouter les habitants d’un quartier en détresse peut passer pour un dérapage. Dont acte.

En lisant cette mise en garde, je me suis sincè­rement posé la question : faut-il rendre le tablier ? Arrêter de se battre contre ces nouveaux censeurs ? Baisser les bras, fatigué de devoir rendre des comptes à chaque mot prononcé ?

Mais non. Hors de question. Parce que si nous commençons à nous excuser de donner la parole, alors demain ce ne sera pas une mise en garde, ce sera une interdiction pure et simple. Et vous savez quoi ? Nous n’avons pas l’intention de rentrer dans le rang. Pas aujourd’hui. Pas de­main.

Parce qu’à l’heure où l’on laisse les réseaux sociaux déverser leur lot de fakes, d’insultes, de haine, de racisme et d’absurdités, Kwezi TV ne sera pas la voix d’un système confortable qui déteste être contredit.

Nous continuerons à faire notre métier. À donner la parole à tous. À tous. Oui, même à ceux que les censeurs aimeraient voir disparaître.

Parce que si la liberté d’expression doit mourir, ce ne sera ni à Mayotte, ni sous nos yeux, ni sans nous battre jusqu’au bout. Le 24 février, nous serons de retour à l’antenne, et nous conti­nuerons de donner la parole à tout le monde et de laisser les gens s’exprimer comme ils le sou­haitent.