Ban Ki-moon, ancien secrétaire général des Nations unies, l’a affirmé avec force : “La durabilité est le seul modèle économique viable à long terme. Ce n’est pas un choix, c’est une nécessité.”
Édito publié dans l’édition 21 du Journal des Archipels en février 2025.
PHOTO (DR) : “Le recul de 15 années d’expérience Sunref comprenant de nombreux succès permet de réaliser qu’on ne peut pas s’appuyer sur la seule volonté des banques pour accompagner la transformation du secteur”, avance Laëtitia Habchi, directrice de l’Agence Française de Développement à Maurice et aux Seychelles.
Dans un monde marqué par l’accélération des dérèglements climatiques, la montée des tensions géopolitiques et la nécessité impérieuse d’une transition écologique, les institutions financières ont un rôle clé à jouer. Maurice, par sa position géographique stratégique et son cadre réglementaire évolutif, a une opportunité unique de se positionner comme un hub africain et régional en matière de finance verte. Cependant, pour que cette ambition devienne une réalité, il est essentiel de dépasser la seule volonté des banques et de structurer une approche concertée à l’échelle gouvernementale et institutionnelle. L’accord de Paris, adopté en 2015, visait à mobiliser des financements massifs en faveur de la transition énergétique et de la résilience climatique. Pourtant, près de dix ans plus tard, les résultats restent en deçà des attentes. Les engagements financiers des États et des institutions privées n’ont pas atteint les niveaux escomptés, et l’urgence climatique s’intensifie.
Comme l’avait déjà déclaré Jacques Chirac lors du Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 : “Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.” S’ajoute un revirement préoccupant des grandes puissances économiques, notamment aux États-Unis, où des mouvements politiques cherchent à détricoter les réglementations environnementales mises en place ces dernières années. L’Europe, bien que globalement engagée dans une dynamique verte, est elle aussi confrontée à des pressions économiques et industrielles qui freinent l’adoption de normes plus strictes. Ce contexte ouvre paradoxalement des opportunités pour des places financières comme Maurice.
Face à l’incertitude croissante dans les marchés occidentaux, de nombreux investisseurs cherchent des juridictions stables, dotées d’un cadre réglementaire clair et incitatif. Maurice, qui a déjà démontré son dynamisme en matière de finance, doit saisir cette occasion pour se positionner comme un leader en finance verte et durable. L’île Maurice a su s’imposer comme une plateforme financière stratégique, facilitant les investissements transfrontaliers en Afrique et ailleurs. Avec un PIB de 14,6 milliards d’USD, des actifs bancaires de 56,6 milliards d’USD et des actifs offshore de 753 milliards d’USD en 2023, l’économie mauricienne repose sur un secteur financier robuste, qui représente près de 12 % du PIB. Ce dynamisme est alimenté par un cadre réglementaire solide et une politique fiscale attractive. Dans un contexte mondial marqué par une remise en cause des normes environnementales, Maurice semble percevoir de plus en plus qu’il est opportun d’agir en contretemps et de se positionner comme un acteur stratégique. L’île peut jouer un role pivot en offrant un cadre sécurisé et flexible pour les investisseurs désireux de concilier rendement financier et engagements environnementaux.

PHOTO (DR) : Laëtitia Habchi au milieu de ses collègues du groupe AFD, Steven Gardon (en bleu, directeur régional de Proparco) et Matthieu Discour (directeur de la gouvernance chez Expertise France). La conférence “Cap sur la finance durable” organisée par l’AFD, l’Union européenne et Business Mauritius les 4 et 5 février derniers a permis de faire le bilan du dernier programme Sunref et de présenter les projets futurs de l’AFD dans la promotion de la finance durable à Maurice.
Mise en place de partenariats stratégiques.
L’avenir de Maurice comme hub régional passe inévitablement par une régulation plus ambitieuse, incluant des politiques gouvernementales proactives et la mise en place de partenariats stratégiques entre institutions publiques et privées. Le recul de 15 années d’expérience Sunref comprenant de nombreux succès permet de réaliser qu’on ne peut pas s’appuyer sur la seule volonté des banques pour accompagner la transformation du secteur. Il est indispensable de franchir une étape supérieure en instaurant des politiques publiques claires, des incitations fiscales et des mécanismes de soutien. La coopération avec les organisations internationales — Union européenne, AFD, Banque mondiale, Banque africaine de développement, système des Nations unies — doit permettre de créer un environnement propice à l’émergence d’un cadre réglementaire aligné sur les meilleures pratiques internationales.
Maurice dispose de nombreux atouts pour s’imposer comme un hub financier de référence en Afrique : une juridiction stable, un cadre réglementaire reconnu et conforme aux recommandations du GAFI, une ouverture internationale, et un secteur bancaire déjà familiarisé avec le financement vert grâce aux initiatives comme Sunref. Cependant, l’île doit relever plusieurs défis majeurs : la dépréciation de la roupie et la fragilité des réserves en devises ; la concurrence des places financières africaines comme Kigali, un système de retraite vulnérable, des dépenses publiques croissantes et les risques climatiques menacent l’économie.
Cap vers une taxonomie verte.
Maurice ne peut rester spectateur. L’émergence de réglementations exigeantes en Europe et ailleurs, comme la taxonomie verte européenne, impose aux places financières de s’adapter rapidement. L’État a déjà amorcé cette transition avec la mise en place de guidelines sur les risques climatiques par la Banque de Maurice, l’élaboration d’une taxonomie verte et le développement d’un cadre ESG sous l’impulsion de la FSC. Cependant, ces initiatives doivent être consolidées par un dialogue renforcé entre acteurs privés et publics pour aboutir à un cadre homogène et efficace. La France, via l’AFD, ambitionne d’y contribuer.
L’avenir de Maurice comme hub financier africain repose sur sa capacité à s’adapter aux nouvelles exigences de durabilité et de transparence. Si les bases sont solides, une régulation plus ambitieuse et une stratégie concertée entre acteurs publics et privés sont indispensables pour garantir la résilience et l’attractivité de la place mauricienne. L’engagement de partenaires comme l’AFD offre une opportunité unique de structurer cette transition et d’assurer un avenir prospère à la finance mauricienne sur le marché international.




















