En complément de l’article publié sur notre dernier magazine (JDA 22, distribution en mai et juin 2025) faisant le compte rendu du Responsible Business Summit*, le chercheur nous a donné trois pistes pour, d’après lui, changer la donne en termes de climat.

Photo (DR) : François Gemenne, politologue et chercheur d’origine belge, est enseignant vacataire à l’IEP de Paris et directeur de l’Observatoire Hugo dédié aux migrations environnementales à l’Université de Lièges. Il est co-auteur du sixième rapport du GIEC.

Première piste, celle de la trajectoire : «nous avons tendance à la procrastination tant le climat ne semble pas nous concerner de notre vivant. Pourtant il est urgent d’agir dès à présent pour demain et après-demain. Rendre des comptes au climat dans 25 ans, il risque d’être vraiment trop tard. Il faut agir maintenant…»

Autre piste, ou plutôt un levier pour reprendre le terme employé par le chercheur : « la publicité : « il est important de communiquer sur les bonnes actions en faveur de la dépollution, du climat. Il faut en parler aux autres, ne pas avoir peur de passer pour un acteur du green washing, tant pis. Car il y a toujours un effet boule de neige… »
François Gemenne prend alors l’exemple du vélo en libre-service pour argumenter son propos. A l’époque, dans les années 70, la mairie de La Rochelle en France avait fait sourire jusqu’en haut lieu en voulant développer le vélo pour tous (il est vrai qu’à l’époque, il s’agissait plutôt de développer la bagnole pour tous NDLR). On connait la suite avec l’explosion aujourd’hui du Velib et autres systèmes de velos en libre-service partout dans les villes françaises… Ce qui prouve d’après lui que « chaque initiative peut être fondamentale ».

Troisième levier de changement : l’engagement entrepreneurial, tant il est vrai que le paramètre économique influence les décisions. A ce titre, les enquêtes régulièrement fournies au Journal des Archipels par nos partenaires de Analysis affilié de Kantar, prouvent que le paramètre économique, le pouvoir d’achat, sont déterminants pour le choix des ménages dans leurs actes d’achats (durables ou pas). Aussi, la question de la vision trop court-termiste (car liée à des élections) des femmes et hommes politiques prend là toute sa dimension dramatique : difficile de se projeter dans une économie décarbonée quand on ne pense qu’aux prochaines années, aussi, je compte sur les entreprises pour changer les choses, pas sur les gouvernements… »
Questionné en marge de son intervention à propos de l’explosion démographique mondiale qui, malheureusement, annihile les actions de sensibilisation avant même qu’elles ne soient engagées, le chercheur essaie de rester optimiste. Pour lui : «il est vrai que la population augmente dans certains pays mais baisse dans d’autres. On ne peut qu’espérer qu’elle va se stabiliser ! »

*Le Responsible Business Summit (RBS) a été coorganisé les 24 et 25 mars derniers à Maurice au Caudan Art Centre par les géants de l’économie mauricienne : IBL Together, Rogers Group, Eclosia, Currimjee Jeewanjee et MCB Group. Le groupe CIEL étant sponsor de son côté et le Journal des Archipels, média officiellement représenté.

 

Lire sur notre magazine :

François Gemenne : « Nous pouvons encore décider de combien la température va augmenter »