Ericka Bareigts, la très investie maire de Saint-Denis de La Réunion (la plus grande commune des Outre-mer), a partagé pour le Journal des Archipels sa vision sur les différentes réalisations de sa ville en matière d’urbanisation et de développement durable.
Propos recueillis par Isabelle Froger
Le Journal des Archipels : Pourquoi participer au congrès Ambition Planète ?
Ericka Bareigts : Au-delà de notre conviction dans la nécessité d’agir tous ensemble en faveur de la protection de notre planète, cette édition 2024 nous donne l’opportunité de faire le bilan sur les engagements pris par notre équipe municipale lors de l’édition précédente.
Par exemple, une de nos promesses portait sur les économies d’énergie. Promesse tenue avec 33% du parc d’éclairage public converti en LED, soit 6000 points d’éclairage, qui ont généré une économie de 27% (300000 €) sur la facture globale entre 2020 et 2024.
D’autre part, la réduction de l’éclairage public durant la période des pétrels (oiseaux marins attirés par la lumière pendant la période de reproduction) a porté l’économie à 470000 €, soit l’équivalent de 2000 tonnes de CO2 évité.
JDA : La Réunion connaît une grave crise du logement, quelles solutions pour Saint-Denis ?
E.B : Saint-Denis est une ville dense et attractive qui a connu un développement rapide avec une augmentation importante de son nombre d’habitants. 153 000 personnes y vivent et notre population s’accroît de 1,3% par an.
En terme de densité, nous comptons environ 1000 habitants au km2, un chiffre bien supérieur à la moyenne réunionnaise qui se situe plutôt aux alentours de 360 à 370 habitants au km2.
En matière de logement, le parc social du chef-lieu représente une part importante de l’offre avec 23000 logements sociaux. Il est à noter que Saint-Denis fait partie des 9 (sur 24) communes de l’île de La Réunion respectant la loi SRU relative à la solidarité et au renouvellement urbains.
Développer une urbanisation durable en préservant la diversité sociale se révèle être un défi et une nécessité. Notre projet municipal vise à transformer la ville afin d’offrir à tous une qualité de vie apaisée et moins inégalitaire. C’est une question de survie notamment pour une partie fragile de la population dans une ville où six mois de l’année la température dépasse les 30°C.
Mieux construire, réduire les inégalités, protéger les plus fragiles.
JDA : Comment alors concilier urbanisation et environnement ?
E.B : Cela passe par des projets de construction urbaine écologiques à taille humaine, des aménagements urbains, la végétalisation et la création d’îlots de verdure, l’intégration des nouveaux modes de déplacement dans la ville… dans l’objectif de rendre la ville désirable et d’en faire un territoire plus apaisé, plus vert et plus responsable.
Nous devons mieux construire et nous tourner vers une nouvelle architecture : aujourd’hui, les professionnels sont mieux formés, ils utilisent des matériaux plus solides : favoriser par exemple la ventilation naturelle en prenant en compte la circulation de l’air et de la lumière permet la réduction de notre empreinte carbone et de notre consommation d’énergie. La réduction du bruit fait aussi partie intégrante des projets de construction. La végétalisation et le reboisement de la ville sont des solutions à ces problématiques.
En construisant de nouveaux îlots d’habitations entourés de verdure, en créant des jardins nourriciers au bas des immeubles pour une meilleure alimentation (et quelques économies substantielles), nous agissons aussi pour une meilleure santé de la population.
Bientôt, une forêt urbaine sur le Barachois.
Depuis 2021, ce sont 6 000 arbres plantés par la municipalité pour la création de micro-forêts à la Trinité et sur le front de mer notamment. La pépinière municipale a déjà été visitée par 600 enfants afin de les sensibiliser à la préservation de la biodiversité et d’en faire des citoyens bienveillants pour l’homme et la nature.
Nous sommes par ailleurs attentifs à conserver la végétation existante, par exemple nous déracinons les arbres pour les transplanter dans le cadre d’un échange et don d’arbres en collaboration avec le service environnemental de la ville du Port.
Le jardin de la Préfecture réaménagé offre à la population un nouvel espace plus accueillant et convivial pour une pause fraîcheur en ville. Un nouvel espace vert de 3 ha, le Diony Parks, doit être livré prochainement pour lequel les Dionysien(nes) ont été associés sur le principe de démocratie participative.
Pour 2025, nous avons le projet de créer une forêt urbaine sur le Barachois en replantant 40 000 végétaux.Enfin, l’aménagement de 52 km de pistes et bandes cyclables, la mise en place de location longue durée de vélos électriques et la création de 852 places de parking (20 aires de stationnement) viennent faciliter les déplacements doux dans une ville verte et citoyenne.
*La SEM NORDEV, Société d’Economie Mixte du Développement du Nord de la Réunion, gère et anime les activités du Parc des Expositions et des Congrès de Saint-Denis.




















